L’Accord de pêche: un nouvel épisode du Sénégal semi-colonial

Ligue Populaire Sénégalaise

Ces dernières semaines, les rues du Sénégal ont été le théâtre de mobilisations radicalisées contre le gouvernement de Macky Sall. Ces mobilisations ont éclaté en raison de l’arrestation d’Ousmane Sonko, opposant au gouvernement et impliqué dans une accusation controversée de harcèlement sexuel. Nous l’appelons “controversée” parce qu’il n’y a aucune confirmation de l’accusation, considérée par beaucoup comme un coup monté politique. Cependant, ce fut le prétexte pour le gouvernement autoritaire de poursuivre la persécution et de le maintenir en prison.

Les manifestations sont une conséquence de la pandémie qui a aggravé la crise économique mondiale et qui, au Sénégal, a aggravé les problèmes sociaux. Cette ancienne colonie française, bien qu’indépendante, reste structurellement soumise au capital étranger qui s’exprime par des relations inégales et des absurdités qui continuent à affaiblir l’économie sénégalaise. L’accord de pêche imposé au Sénégal par l’Union européenne, que nous allons aborder ici, en est un exemple.

Après beaucoup de négociations, le Sénégal et l’Union européenne ont signé fin 2020 l’accord de pêche. Mais en vrai, cet accord bénéficiera le côté fort et produira un grand impact économique et politique pour la réalité sénégalaise.

Les accords de pêche entre le Sénégal et l’Union Européenne

Le Sénégal depuis son indépendance en 1960 à nos jours s’appuie sur l’agriculture, la pêche et ses ressources minières pour booster son économie. Ce sont ces trois secteurs qui sont les principales sources d’emploi dans les différentes zones du pays.

Les ressources de la zone maritime sont caractérisées par une grande diversité biologique. C’est pour cette raison que nous voyons le grand harcèlement international explorer la région. Le premier accord international est entré en vigueur en 1979 et récemment, le nouvel accord de pêche a été conclu le 1er octobre 2020.

C’est dans cette situation de grave crise de la pêche artisanale que sont intervenus deux faits majeurs: la signature des accords de partenariat économique (APE) entre l’Union Européenne et les pays de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest plus la Mauritanie (CEDEAO), et la signature de l’accord de pêche entre le Sénégal et l’Union Européenne. Les autres pays, Mauritanie, Guinée Conakry, Guinée-Bissau et le Cap-Vert ont déjà un accord avec l’UE qui pousse ses tentacules vers le Libéria et éventuellement le Sierra Léone.

Cette stratégie de l’UE en Afrique de l’Ouest ne vise qu’à assurer l’approvisionnement de son marché et de ses industries de transformation en délocalisant différentes flottes qui ont contribué à l’appauvrissement de ses mers et qu’il faut coûte que coûte envoyer vers les mers d’Afrique au nom d’un partenariat douteux “gagnant-gagnant”.

L’accord garantit à l’Espagne, à la France et au Portugal qu’ils peuvent pêcher 10.000 tonnes de poissons dans les eaux sénégalaises. Parmi les contreparties, l’Union européenne garantit le suivi des navires par satellite, l’amélioration du secteur de la pêche au Sénégal et la lutte contre la pêche illégale.

L’accord, qui consiste en une activité prédatrice qui affecte la reproduction de l’espèce, prévoit une autre injustice si elle dépasse la quantité autorisée, la contrepartie financière annuelle est ridiculement taxé de 45 euros pour tonne supplémentaire capturée,

Le présent accord attaque les emplois sénégalais et l’environnement. Au début, on parle de la pêche industrielle, un grand nombre de navires de différents pays étrangers va retirer une énorme quantité de poissons.

Cette activité prédatrice contre la mer nuit à la reproduction des poissons et au travail des petits pêcheurs. C’est le visage du capitalisme, un système économique qui détruit l’environnement pour le profit d’aujourd’hui et non pour les générations futures.

La présence de l’énorme contingent de navires de pêche industrielle menace aussi le grand secteur lié à la pêche artisanale dans une concurrence déloyale. La destruction de ce secteur génère la conséquence visiblement forte quand on observe les bateaux avec des migrants sénégalais tombés à la mer pendant la tentative d’arriver en Europe.

Les petits bateaux de pêche précaires sont maintenant utilisés pour une immigration qui n’est pas toujours réussie, soit à cause des naufrages avec des centaines d’immigrants, soit à cause du refus des pays européens d’accepter la demande d’aide pour les survivants.

Le fantôme de lacolonisation

La compréhension du passé sénégalais est centrale pour l’évaluation de cet accord. Le passé colonial est présent dans l’appauvrissement de la structure économique qui, après l’indépendance de 1960, dépend de l’agriculture, de l’extraction minérale et de la pêche artisanale. Clairement, cette configuration économique répond à la nécessité des pays impérialistes pour la division internationale du travail, la formule : les pays semi-coloniaux donnent les matières premières à bas prix et l’Europe et les Etats-Unis apportent la technologie et dictent les règles du système financier.

Nous savons que cet accord est totalement injuste pour le peuple sénégalais, mais face à une économie fragile, ne serait-il pas préférable de l’accepter ?

João Ferreira, membre du parti communiste portugais, qui a récemment été candidat à la présidence du Portugal, partage cet avis.

“Malgré les critiques constantes dont font l’objet ces accords en général, leur impact sur le développement des secteurs locaux de la pêche n’étant pas aussi important qu’il devrait et pourrait l’être, ils n’en sont pas moins importants pour le développement des pays tiers concernés”.[1]

La logique du député européen est que l’accord serait un mal nécessaire pour le Sénégal. C’est une pensée traditionnelle des anciens partis communistes qui vivent maintenant selon la logique de la démocratie bourgeoise, garantissant des miettes aux travailleurs.

La solution consiste à rompre l’accord, à préconiser la nationalisation de la pêche

Donc, par conséquent, c’est pourquoi, l’accord de la pêche donnera un misérable retour financier au Sénégal par la destruction de l’économie déjà fragile, ainsi que la destruction de l’écosystème.

Le Sénégal compte plusieurs syndicats et associations de pêcheurs, qui doivent maintenant se concentrer sur cette lutte commune, en renforçant la campagne de dénonciation de la surexploitation impérialiste, en unité avec les autres associations nationales et africaines de pêcheurs, mais aussi avec la classe ouvrière dans son ensemble.

Le Sénégal a besoin d’une nouvelle indépendance, pour briser la nouvelle servitude aux Français et à l’impérialisme. Mais nous savons que ce ne sera pas la position de la bourgeoisie nationale qui gouverne le pays, qui reproduit le régime de servitude semi-coloniale et qui est à la tête de tels accords.

En fait, nous nous rendons compte que c’est l’ingérence étrangère dans le pays qui reproduit la fragilité de l’économie. Et depuis l’indépendance, nous constatons que les gouvernements, les représentants de l’élite sénégalaise, signent les accords pour le bien de leur classe et non pour le besoin d’emploi et de nourriture de la population de leur pays. Rompre l’accord et nationaliser la pêche, ainsi que les autres accords d’exploitation dans le pays, est la solution pour mettre fin au chantage des pays de l’Union européenne qui insistent sur l’approfondissement de la dépendance du pays, mais aussi pour arrêter l’immigration dangereuse de ceux qui ont appauvri le pays.

L’activité de pêche doit servir à répondre aux besoins économiques des travailleurs sénégalais. La proposition de nationalisation doit supposer que le contrôle de l’activité est effectué par les travailleurs.Comme garantie que tous les fruits de l’activité économique resteront pour répondre aux besoins de la classe ouvrière, et non pas dans les mains du capital international, ni pour la bourgeoisie nationale.  Cette proposition retire l’activité des mains de la bourgeoisie corrompue, garantit le développement de l’activité productive et est une grande répétition que les travailleurs peuvent gérer leur travail sans aucune exploitation.


[1]Accord de partenariat dans le secteur de la pêche entre l’UE et le Sénégal: mise en œuvre de l’accord. Protocole (résolution). https://www.pcp.pt/acordo-de-parceria-no-dominio-da-pesca-entre-ue-senegal-aplicacao-do-acordo-protocolo-resolucao

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